Vita Latina 191-192 - 2015

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François PROST, Amor et Amicitia dans la Correspondance d’exil de Cicéron

Le présent travail examine les relations d’amor et d’amicitia entretenues par Cicéron pendant son exil, d’après le témoignage de sa correspondance sur cette période. Il se concentre en particulier sur les trois pôles majeurs que représentent la famille au sens étroit (femme et enfants), Quintus frère de Cicéron, et Atticus. Dans les trois cas, l’exil entraîne une crise majeure dans le rapport affectif, crise dont le premier mobile est un sentiment de faute, qui prend une forme spécifique dans chaque cas. Le discours affectif de Cicéron combine alors des éléments tout à fait concrets, propre à la vie matérielle, sociale, politique du temps, et des schémas de pensée empruntés à la philosophie ou à la littérature, afin d’exprimer le caractère tragique de son expérience. Cicéron recourt aussi à des notions clés, comme la sensibilité (mollis animus) de Quintus ou l’humanitas d’Atticus, pour analyser les situations et les interactions, et pour trouver une issue aux difficultés. Ensuite, sont examinés certaines autres relations, où importe au premier chef l’action engagée (ou non) par les individus ou groupes concernés au bénéfice de l’exilé. Enfin, à travers le thème de la conjonction des studia et officia, est étudié le rapport entre affection et action (ses fins, ses succès et ses limites), tant en ce qui concerne les amis et les proches que du côté de l’exilé lui-même.

Marie-Dominique JOFFRE, Ipse dans les livres III et IV des Géorgiques : analyses et propositions de traduction

Ces quelques pages s’appuient sur une définition plus précise du pronom-adjectif ipse. Ce déictique est le signifiant d’une opération mentale complexe : il isole, met en lumière un concept, tout en lui associant un ensemble constitué d’éléments comparables mais momentanément tenus à l’écart. On comprend pourquoi on ne peut pas systématiquement le traduire par « lui-même », « en personne ». A partir de cette définition, on proposera une analyse et une traduction des formes employées dans les Livres III et IV des Géorgiques.

Philippe HEUZE, La leçon d’Atella et quelques regards récents sur les beautés des Géorgiques

L’érudition n'en finit pas de sonder les Géorgiques, de rechercher des sources possibles, des inflexions à la pensée. Mais, pour dire schématiquement les choses, on ne doit jamais oublier qu'il s'agit avant tout d'une œuvre majeure de la poésie occidentale. Elle a eu le pouvoir d'émerveiller ses auditeurs (comme on imagine que ce fut le cas à Atella, pour la première lecture) et conserve aujourd'hui encore, deux mille ans après, celui d'inspirer en profondeur écrivains et poètes.

Bernard MINEO, Le livre XXI à la lumière de la philosophie livienne de l'histoire

Le Livre XXI de Tite-Live se situe à un moment-clé de l'évolution de Rome conçue dans le cadre d'une conception cyclique de l'histoire. La guerre, dont Rome va sortir victorieuse, va faire entrer Rome dans l'ère périlleuse des imperatores et lui faire suivre une voie tracée auparavant par Carthage. Mais avant de connaître ces succès, Rome subit une série de défaites paradoxales au début du conflit. Pour l'historien, il s'agit d'une parenthèse tragique, due au regain de discorde dans la cité, un phénomène accidentel qui laissera, après Cannes, la place au parfait épanouissement de l'unité nationale (concordia).

Anida HASIC, La securitas chez Sénèque : nuances lexicales et innovations conceptuelles

Cette contribution vise à montrer comment la securitas chez Sénèque se constitue comme concept moral original, se différenciant de la tranquillitas et exprimant une valeur éthique modifiée par rapport aux concepts hellénistiques d’ἀταραξία, ἀπάθεια et εὐθυμία. Cela a jusqu'à présent été traité par les exégètes de façon souvent expéditive ou arbitraire et a donné des résultats discordants. Cette originalité nous semble tenir à une élaboration personnelle due au changement du contexte politico-culturel et au passage à la langue latine: la securitas apparait comme un concept exprimé dans une articulation interne qui varie depuis la relation à soi-même jusqu'à la relation à autrui.

Britt S. PAUL, « …of Cloth-habits and of Soul-habits » : la Démonologie et les cinaedi dans les Métamorphoses d’Apulée

Au huitième livre des Métamorphoses d’Apulée, le personnage principal, Lucius, transformé en âne, devient l’esclave d’une bande de cinaedi ambulants, des soi-disant prêtres au service de la Dea Syria. L’épisode évoque l’Onos du pseudo-Lucien, qui présente le même spectacle de kinaidoi s’abandonnant aux excès de la volupté sous des apparences religieuses et cultuelles. Le cinaedus était aussi confondu dans la conscience ancienne avec le gallus surtout chez les satiristes. Pourtant, une autre source génératrice du portrait des cinaedi dans les Métamorphoses pointe derrière la satire : la création des personnages dans le roman relève aussi de l’entraînement philosophique d’Apulée en matière démonologique. La démonologie d’Apulée, exposée explicitement dans le De Deo Socratis (DDS), s’approprie de la voix narrative du roman en fonction des penchants de l’auteur qui veut créer des caractères ressortissant d’une conception philosophique du monde fictif. Spécialement, le costume des cinaedi concourt à la représentation démonologique de leur caractère en fonction de la valeur sémiologique des couleurs et de la bigarrure, dont les connotations ont leur source dans les œuvres de Platon, maître des idées philosophiques d’Apulée. Des passages des autres œuvres d’Apulée, tels le De Platone et eius Dogmate (DPD) et les Florides, servent à montrer l’enracinement et le développement de ces idées dans le roman. Quelques écrits d’autres auteurs de la même lignée confirment la base démonologique du portrait des cinaedi dans les Métamorphoses. En examinant les cinaedi dans l’épisode à partir d’une vision démonologique, le lecteur, incité à observer de près les questions essentielles de la perception correcte (relative surtout à la religion) et de la distinction de l’identité authentique de la fausse, peut accéder au fondement philosophique du roman entier.

Johana AUGIER-GRIMAUD, « Et leurs yeux libidineux se rencontrèrent » : la parodie de la scène de première rencontre dans le Satyricon de Pétrone (Sat., 126 à 128).

Le caractère parodique du Satyricon n’est plus à démontrer : l’écrivain s’ingénie à caricaturer un certain nombre de genres sérieux, et à se moquer de leur rhétorique et de leur représentation sublime de la réalité. Le récit de la rencontre du narrateur Encolpe avec une jeune femme (Sat., 126-128) est une illustration intéressante de ce processus systématique de détournement des modèles littéraires. Pétrone atteste en effet de sa maîtrise des codes de la scène de première rencontre, et de ceux du dialogue d’amour épico-élégiaque. Mais il s’amuse à retourner de façon comique ce topos littéraire pour le transformer en épisode grotesque, dans lequel le narrateur se voit soumis à une femme. L’objet de cet article est d’analyser les procédés utilisés par Pétrone pour déconstruire le Modèle.

Étienne WOLFF, Quelques remarques sur les Epitaphia d’Ausone

Les Epitaphia heroum qui bello Troico interfuerunt sont associés par Ausone aux Parentalia (recueil de trente poèmes consacrés à des parents défunts) et à la Commemoratio professorum Burdigalensium (commémoration de professeurs défunts qui ont enseigné à Bordeaux et/ou en étaient originaires), constituant une trilogie sur le thème du souvenir et de la mémoire. Cependant les Epitaphia diffèrent nettement des deux autres opuscules dans la mesure où Ausone n’y a aucune relation avec ceux dont il parle. On étudie ici trois aspects principaux de l’œuvre : le traitement du genre de l’épitaphe littéraire ; le rapport à la source grecque ; la composition et l’ordre des pièces. Le résultat est une œuvre possédant la marque personnelle d’Ausone et dans laquelle il tient un discours propre.

Jean-Louis CHARLET, L’hexamètre de Dracontius dans les Romulea

L’étude de l’hexamètre de Dracontius dans les Romulea (proportion, place et combinaisons des dactyles et des spondées dans les quatre premiers pieds, élisions, clausules et césures) montre que cet hexamètre, différent à certains égards des autres hexamètres de Dracontius, et très puriste, est plus proche de l’hexamètre de Stace et Valérius Flaccus que de celui de Virgile ou Ovide, avec quelques traits spécifiques et personnels.

Annick STOEHR-MONJOU, L’âme et le corps dans la suasoire de Dracontius : Rom. IX, un hommage à Homère

Dans la suasoire à Achille pour le persuader de rendre le corps d’Hector (Rom. IX) Dracontius joue des contraintes rhétoriques de l’exercice, des modèles poétiques – en particulier épiques – et de traditions philosophiques pour rendre hommage à Homère en lui construisant un monumentum. La question de l’âme et du corps est caractéristique de cette fusion. Des différences de traitement et de significations révèlent une actualisation d’Homère à des préoccupations chrétiennes et suggèrent un discours figuré sur la Carthage vandale. Enfin, Rom. IX apparaît comme une métaphore de la poétique de Dracontius dans les Romulea : rassembler les derniers vestiges d’Homère et de la culture gréco-romaine.

Emmanuelle PLUVINET, Science et poésie dans le livre VI du De nuptiis Philologiae et Mercurii : la parole du uates

Dans le livre VI du De nuptiis Philologiae et Mercurii, de Martianus Capella, la présence de la parole poétique étonne par son ampleur et sa diversité. Elle se manifeste à trois reprises dans le récit-cadre ; des figures de poètes sont également convoquées auprès de celles des savants au sein du discours scientifique tenu par l’allégorie Géométrie qui expose sa science. Les passages versifiés et les références culturelles relatives à la poésie ne sont pas un simple ornement. Leur fonction majeure est d’éclairer et guider le lecteur vers des niveaux de compréhension supérieurs : le discours narratif et scientifique se révèle, à travers la parole poétique, être l’exposé d’un savoir d’ordre philosophique et théurgique, empreint de néoplatonisme.

    Collection : Vita Latina

  • Publication 2015
  • Support Livre broché
  • Format 16 x 22
  • Num. dans la collection 191-192
  • Nombre de pages 254

François Prost, Amor et Amicitia dans la correspondance d’exil de Cicéron

Marie-Dominique Joffre, Ipse dans les livres III et IV des Géorgiques : analyses et propositions de traduction

Philippe Heuzé, La leçon d’Atella et quelques regards récents sur les beautés des Géorgiques

Emmanuelle Raymond, Entre sexe et genre : le personnage de camille au livre 11 de l’Énéide

Anida hasic, La securitas chez Sénèque : nuances lexicales et innovations conceptuelles

Bernard Minéo, Le livre XXI à la lumière de la philosophie livienne de l’histoire.

Britt S. Paul, « …of Cloth-habits and of Soul-habits » : la Démonologie et les cinaedi dans les Métamorphoses d’Apulée

Johana Augier-Grimaud, « Et leurs yeux libidineux se rencontrèrent » : la parodie de la scène de première rencontre dans le Satyricon de Pétrone (Sat. 126 à 128).

Étienne Wolff, Quelques remarques sur les Epitaphia d’Ausone

Jean-Louis Charlet, L’hexamètre de Dracontius dans les Romulea

Annick Stoehr-Monjou, L’âme et le corps dans la suasoire de Dracontius : Rom. 9, un hommage à Homère

Emmanuelle Pluvinet, Science et poésie dans le livre VI du De nuptiis Philologiae et Mercurii : la parole du uates.

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