Le Cannibale

Grandeur et décadence

Auteur(s) : Lestringant Frank

25,00 €

1492-1592 : ce siècle conduit d’une erreur à un mythe. Erreur de Colomb qui prend les Indiens Caraïbes pour des sujets du Grand Khan ou, pire, pour des cynocéphales, des hommes à tête de chien. Mythe du Bon Cannibale qui, dès 1580 avec Montaigne, renvoie à la face du colonisateur européen les turpitudes d’une civilisation avide de gain. Partant du mot, que Colomb invente, ce livre montre comment le Cannibale des Antilles et du Brésil est devenu en quelques décennies l’incarnation d’un tabou majeur de l’Occident chrétien. Le renversement paradoxal auquel procède Montaigne transforme cette figure repoussoir en modèle positif. Le libre Cannibale, ancêtre du Bon Sauvage des Philosophes, devient le point de référence obligé pour mesurer la barbarie des prétendus civilisés. Cependant le Cannibale tend à faire oublier qu’il mange de la chair humaine. Endossant la livrée des Philosophes et soutenant le combat des Lumières, il devient le porte-parole idéal dans la dispute anticoloniale et antichrétienne. Le Cannibale est lié à la croyance du civilisé. La critique du dogme catholique de la transsubstantiation, tel que l’orchestre la controverse calviniste, en passe par le parallèle avec l’anthropophagie des peuples d’Amérique. Là aussi le mérite du Cannibale est éclatant : s’il mange de l’homme, ce que l’Européen fait sous des formes plus cruelles, il ne mange pas son Dieu, et sa barbarie apparaît toute relative. Cette image positive se dégrade au temps de l’expansion européenne, lorsque le Cannibale, privé de voix et de message, ne représente plus qu’un appétit bestial. Figure odieuse, il suscite tour à tour l’ironie dévastatrice de Swift et les rêveries primitivistes d’un Sade ou d’un Flaubert.

    Collection : Titre courant

  • Publication 2016
  • ISSN 1420-5254
  • ISBN 978-2-600-00561-6
  • Support Livre broché
  • Format 12 x 19
  • Num. dans la collection 61
  • Nombre de pages 336
  • Illustrations noir & blanc

AVERTISSEMENT SUR LA SECONDE ÉDITION

PRÉFACE DE PIERRE CHAUNU

OUVERTURE

AU RENDEZ-VOUS DES CANNIBALES

De la caravelle au radeau

Le Cannibale et après

Première partie. DU CYNOCÉPHALE AU CANNIBALE

CHAPITRE PREMIER. NAISSANCE DU CANNIBALE

Colomb découvre le Cannibale

Le Cannibale, fils de chien

CHAPITRE II. LE CANNIBALE À LA MODE

La panoplie du parfait boucher

L’héritage de Vespucci ou la vogue du Cannibale incestueux

CHAPITRE III. L’ENTRÉE DU CANNIBALE EN FRANCE

Le Cannibale, héros du folklore

Rabelais ou le Cynocéphale moralisé

CHAPITRE IV. LE BRÉSIL, TERRE DES CANNIBALES

Le Brésil est une île

Au pays des androphages

Deuxième partie. POUR UN CANNIBALISME D’HONNEUR

CHAPITRE V. LE PREMIER ETHNOGRAPHE DES TUPINAMBA

Montaigne, « Des Cannibales » et la tradition

André Thevet et le cannibalisme rituel des Tupinamba

Parenthèse Staden

De Thevet à Lafitau

CHAPITRE VI. JEAN DE LÉRY OU L’OBSESSION CANNIBALE

Un symbole universel

Le retour du refoulé : Sancerre

CHAPITRE VII. MÉLANCOLIE CANNIBALE

L’Ogre et l’amoureuse

Jean Bodin et la tristesse du Cannibale

CHAPITRE VIII. UN CANNIBALE QUI CRACHE

Montaigne ou le paradoxe des « Cannibales »

Une déclamation

Famine ou banquet

Le continent des Cannibales

Un cannibalisme de mots

Frères cannibales

Troisième partie

CANNIBALES PAR CONTRAINTE

CHAPITRE IX

CARDAN OU L’EMPIRE DE LA NÉCESSITÉ

De la haine comme nécessité

Le continent de la faim

CHAPITRE X. BRÉBEUF ET ROBINSON : LE MISSIONNAIRE ET LE COLON

Le goût du missionnaire

Robinson ou le déjeuner sur l’île

CHAPITRE XI. LE CANNIBALE DES LUMIÈRES, ROUSSEAU, BOUGAINVILLE, VOLTAIRE

Les mots du Cannibale, de Montaigne à Jean-Jacques Rousseau

L’Insulaire cannibale : Bougainville, Diderot

Malthus et l’archipel anthropophage

Candide chez les Cannibales

CHAPITRE XII. CRUELLE NATURE : DE PAUW, SADE

L’Amérique dégénérée de Cornélius de Pauw

L’Afrique fantôme de Sade

CHAPITRE XIII. CANNIBALISME ET COLONIALISME : LE CAS JULES VERNE

Le Cannibale au Canada

Le Cannibale raconté aux enfants

De l’île au radeau

ÉPILOGUE

LE RETOUR DU CANNIBALE : SWIFT, FLAUBERT, LA MEDUSE

APRÈS-DIRE

ROUEN ENCORE ET TOUJOURS

Rouenneries

Le « Conte cannibale » de Montaigne

La Boétie à Rouen

Pourquoi Bordeaux ?

Rouen définitivement

BIBLIOGRAPHIE

INDEX NOMINUM

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Pourquoi Bordeaux ?

Rouen définitivement

BIBLIOGRAPHIE

INDEX NOMINUM

TABLE DES ILLUSTRATIONS"

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